Il était arrivé pendant l'été de la canicule en 2003, beau chat noir ébène aux yeux verts.
Au début il était un peu distant, nous pensions qu'il était sauvage, nous avons même utilisé la trappe pour le faire stériliser et tatouer. Nous l'avons relâché sur le lieu de vie qu'il avait choisi parmi une trentaine d'autres congénères dont nous nous occupons quotidiennement.
De jours en jours et de semaines en semaines il s'est approché de nous, venant même se faire caresser.
Il avait par rapport aux autres un petit traitement de faveur puisque nous pouvions l'approcher et nous lui apportions des petites gâteries. Il avait pris l'habitude de nous attendre chaque matin et nous accompagnait dans notre tournée de nourrissage et ce n'était pas la nourriture qu'il recherchait mais les caresses!
Un rituel s'était installé, quand j'avais fini mes tâches, je m'asseyais par terre et Soudan venait sur mes genoux ronronner.
Quand le froid était vif j'ouvrais mon manteau et il se blottissait dans ma chaleur. Il avait ainsi une petite dose de câlins qui lui manquaient tant.
Combien de fois alors qu'il m'emboîtait le pas sur le chemin du retour j'ai failli le prendre avec moi!
Soudan....mon Soudan.
Mais sa vie de chat libre était là avec ses frères félins.
Tous les chats dont nous nous occupons dehors sont des chats sauvages que l'on ne peut qu'à peine approcher et absolument pas toucher, d'ailleurs nous n'incitons pas le contact afin qu'ils préservent cet instinct sauvage pour leur sécurité dans ces lieux hostiles.
Soudan, c'était différent, il réclamait le contact, c'était un chat de famille.
Ainsi j'ai pris la décision d'essayer de lui trouver une maison pensant que son équilibre passait par l'homme et qu'il serait plus heureux à son contact que libre dans la nature.
C'est un dimanche soir que Karine m'a envoyé un mail après avoir lu la proposition d'adoption que nous avions mise sur notre site Internet, (nous cherchions un doux foyer pour Soudan mais avec impérativement un jardin, pas question d'enfermer ce chat qui vivait dehors depuis des mois dans un appartement).
Cette jeune fille nous proposait d'adopter Soudan pour l'emmener chez ses parents qui vivaient dans le Gers dans une grande maison avec un parc et qui venaient de perdre leur chat.
Soudan...mon Soudan.
Toutes les étapes de cette adoption "compliquée" se sont déroulées avec succès : présenter Soudan à Karine sur son lieu de vie, attendre 3 semaines pour attraper Soudan et l'emmener chez le vétérinaire pour faire ses tests, attendre avec inquiétude le résultat des tests qui déciderait de son adoption ou non, installer Soudan chez Karine pendant une semaine pour étudier son comportement en milieu clos, habituer Soudan à Karine et à la minette de la maison puis prendre l'avion pour rencontrer ses futurs maîtres.
Pendant 5 jours tout allait pour le mieux, Soudan s'habituait doucement à sa nouvelle maison et ses maîtres étaient ravis d'avoir un chat aussi gentil et ronronnant.
Et puis, une porte-fenêtre malencontreusement ouverte, alors qu'on croyait le chat dans une autre pièce, l'appel de la nature, l'envie de liberté, la campagne et ses odeurs......et Soudan s'est enfui......telle une fusée.
Pendant des jours, des semaines, ses maîtres ont battu la campagne à sa recherche sans succés.
Nous étions en février, il neigeait, le froid était mordant, Soudan ne connaissait pas son environnement, ni très bien les voix de ses maîtres qui l'appelaient sans cesse.
Je crois qu'ils ont fait tout ce qu'il est humainement possible de faire pour le retrouver.
Nous étions tous très consternés de cette situation, et je remettais sérieusement en cause ma volonté d'avoir voulu offrir une autre vie à ce pauvre chat.
Karine, qui voulait "boucler la boucle" est retournée chez ses parents, elle a aussi battu la campagne, emprunté les mêmes chemins, sous-bois, champs que ses parents pendant 3 jours sans résultat.
A 2 heures de son départ pour Paris, elle s'est souvenue d'une voie ferrée désaffectée où elle ne s'était pas rendue, tellement proche de la maison qu'il était peu probable que Soudan y soit.
Elle a crié une dernière fois son nom avant de repartir et......elle l'a vu.
Il était là, c'était bien lui, Soudan, amaigri certes mais c'était bien lui.
Il s'est approché d'elle et s'est laissé caresser!
Depuis 7 semaines il avait vécu là, s'abritant sous des palettes de bois et chassant (des plumes et cadavres d'oiseaux jonchaient la voie ferrée).
Est-ce le hasard ou la reconnaissance de lieux amis qui l'avait conduit là, on ne le saura jamais;
Soudan à Paris vivait le long d'une voie ferrée!
Pendant plusieurs jours et plusieurs fois par jour la maman de Karine venait le visiter, le nourrir, lui parler afin qu'il la connaisse bien et elle l'a ramené chez elle en douceur.
Soudan....mon Soudan....enfin la belle vie commençait pour toi!
Tu t'es acclimaté à ta maison, ton jardin, au jeune chat de la maison que tu avais pris immédiatement en amitié.
Tu rentrais, tu sortais à ta guise et tu donnais à tes maîtres tout ton amour de chat reconnaissant.
Une belle vie........une trop courte vie..... un mois.
Un matin une voiture t'a fauché de plein fouet, en pleine tête, tu es mort sur le coup sur cette petite route de campagne presque devant ta maison.
Soudan.....mon Soudan
ton destin t'avait rattrapé et cette fois pour de bon......toutes ces épreuves, toute cette lutte pour survivre à tout..... en vain.
Soudan.....mon Soudan
Et tous les jours les paroles de la chanson d'Alain Souchon cognent dans ma tête comme pour ne jamais t'oublier.
Soudan...................mon Soudan.
En haut de cette page, dans la barre de photos, Soudan est le chat du milieu. Beau chat noir ébène aux yeux verts.